Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Sélection BD Prix Interpol'Art 2015

Publié le par Interpol'Art

Sélection BD Prix Interpol'Art 2015

Le linge sale, une BD grinçante aux plis impeccables

Après Crève saucisse, Pascal Rabaté revient avec un nouveau titre, le linge sale, avec Sébastien Gnaedig au dessin. Cette fois-ci, l’ensemble est sombre, même si des zones d’humour émergent ici et là. J’aime bien la patte de Rabaté, qui distille toujours beaucoup de truculences dans ses dialogues. Alliés aux dessins, le mélange est totalement réussi, avec même une pointe de suspense qui m’a tenu en haleine. La BD s’ouvre sur un atelier en prison où des hommes assemblent des couronnes mortuaires. L’un d’eux, Pierre Martino, sera bientôt libéré après une peine de vingt ans. Par un flash back, nous apprenons la cause de son incarcération : pensant tuer sa femme et son amant, il tire malencontreusement sur un autre couple. Libéré, il n’a de cesse de se venger, cette fois-ci sans se tromper… Sur cette trame classique digne des meilleurs boulevards, Rabaté et Gnaedig jouent une partition plutôt fine, surprenante à certains moments. Ils choisissent de placer le lecteur aux côtés de Martino qui découvre avec stupeur la nouvelle famille que sa femme s’est construite : les Verron, des marginaux qui vivent de diverses magouilles et autres expédients près de Cholet, dans le Maine-et-Loire. La scène où on découvre chacun des personnages de la famille est inoubliable. « Ceux-ce qu’y veulent un jaune lèvent la main ! » En les espionnant avec ses jumelles, Martino échafaude progressivement un plan visant à tous les éliminer mais Gérard, le nouveau chef de famille, est d’un naturel plutôt méfiant… « Tu vas t’user les yeux… Faute d’autre chose… - Ah ça te tient ! le vicieux peut pas s’empêcher de mater. - Et le serpent de siffler. » La famille Verron, la « mafia locale », comme la surnomme un commerçant, m’a fait penser à la famille Groseille du film la vie est un long fleuve tranquille. C’est rare de débusquer de tels caractères dans des albums de BD avec pas mal de détails croustillants. Mais ce qui étonne, ce sont les dialogues vraiment très réalistes et fuselés de Rabaté : du grand art. J’évoquais Audiard pour Crève Saucisse, idem ici, on se régale des réparties des personnages. On en oublierait presque les dessins de Gnaedig, eux aussi très réussis, servant le scénario sans relâche. Pour la petite histoire, Gnaedig est éditeur chez Futuropolis et dessinateur à l’occasion. « - Tu peux pas vivre sans nous. - C’est un repaire de racaille, cette foire, ils laissent rentrer n’importe qui ! Alors Il y a foutu une sourdine à la bétaillère ? - Tu vas être heureux, elle est aussi bruyante qu’un souffle de vent, que le bruit d’un oiseau. - C’est ça. Et elle joue du Mozart pendant qu’on y est… « Ce linge sale se lit d’une traite, sans faiblir et le dénouement est aussi abrupt que certains dialogues. A un moment, j’ai même trouvé que la BD, en évoquant les magouilles des Verron, louvoyait avec la chronique sociale. A certains moments, on n’est pas loin du sombre fait divers… A découvrir sans attendre, même si derrière l’humour sous jacent, on grince des dents !

Marie-Florence Gaultier - Les 8 plumes

Commenter cet article