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Sélection romans Prix Interpol'Art 2015

Publié le par Interpol'Art

Marin Ledun
Marin Ledun

Fracas basque

Libération-Sabrina Champenois
CRITIQUE

Marin Ledun sur fond de terrorisme Marin Ledun, 39 ans, mène dans les Landes une vie «tranquille». Entre femme, enfants et écriture. Marin Ledun n’est pas basque. Natif d’Aubenas, en Ardèche, ce fils de notaire s’est installé près de Soustons après une période compliquée à Grenoble où, chercheur en sociologie des usages chez France Télécom, il a vécu au plus près le plan de restructuration qui prévoyait à la fois la suppression de 22 000 emplois en deux ans et une augmentation de la productivité de 15%. Cet enfer a inspiré son remarquable Visages écrasés, poignant roman noir social.

~~ Avec Au fer rouge, son quatorzième roman, Ledun poursuit une immersion dans une histoire qui lui est, cette fois, étrangère : le conflit au Pays basque, la «sale guerre» entre ETA, le Groupe antiterroriste de libération (GAL), les gouvernements français et espagnols. Libération en avait salué il y a un an le premier volet, L’homme qui a vu l’homme, et si le fil narratif est ici plus difficile à suivre, avec une galerie de personnages aussi pléthorique que chez Ellroy, l’écriture fait facilement tenir la distance, quasi 500 pages. Marin Ledun gagne au fil de sa production en percussion et en ampleur, certains passages prennent l’allure de scènes de cinéma. «Dimanche 31 mars, 18 h 17. Article 56 et suivants du code de la procédure pénale. Le grand retour des flics, version brigade des stupéfiants. Uniformes bleus avec mention police judiciaire, gyrophares, commission rogatoire, avis d’expulsion et commissaire divisionnaire Kleber en super-superviseur et producteur exclusif de l’opération Saaargentiiis ! Coucher de soleil impeccable, douceur printanière et vapeurs de barbecue, ça en jetait ![…] Le qualificatif le plus pertinent était : surréaliste.»Vu le thème, les barbouzes, les flics, les magouilles, la violence, la drogue, le sexe, on pense à Scorsese, aux Affranchis par exemple. On verrait bien Joe Pesci dans le rôle du «chef» tortionnaire de l’entame. Ou alors dans celui d’Aarón Sánchez, un des protagonistes, mercenaire-nervi du chef d’entreprise blanchisseur de drogue Javier Cruz, apte à toute basse œuvre et grenade humaine qui carbure à la haine du Basque. Au fer rouge est irrigué de testostérone, de sueur et de tabassage. Ce sont pourtant deux femmes qui émergent progressivement, jusqu’à dominer le récit qui se déroule en grande partie à Bayonne. Il y a d’abord Emma Lefebvre, lieutenant de police rescapée des attentats du 11 mars 2004 à Madrid et qui s’accroche façon pitbull à l’enquête sur la découverte d’un corps trouvé dans une valise. Lefebvre a une grosse faiblesse : son addiction sexuelle à Stéphane Boyer, rutilant et ripoux procureur de la République. «Ce type avait des antennes partout, son bras était aussi long que l’Adour et sa bite le menait par le bout du nez.» Mais Emma Lefebvre est aussi une croisée capable, pour arriver à ses propres fins, de recourir à des moyens semblables à ceux employés par les raclures qu’elle traque. Ça donne lieu à une liquidation remarquable, en une ligne. Emma Lefebvre est bel et bien vrillée. Le meilleur rôle revient à la pute Macrina. Cette beauté-mère célibataire d’abord subit, ploie, mais ne rompt pas. Et sa revanche est magnifique, une jubilation. Mais elle ne clôt pas le livre.
Au fer rouge est résolument noir.
Sabrina Champenois

Marin Ledun- Au fer rouge Ombres noires, 460 pp., 20 €.

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